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Chacun son monde

Tout le défi, dans l’éducation d’un chien, est de savoir communiquer avec lui. Il n’y a pas d’apprentissage sans communication, de quelque nature qu’elle soit. Néanmoins, chien et humain sont deux espèces bien distinctes et impliquent deux visions du monde différentes.

Deux mondes, c’est beaucoup. Et c’est donc normal d’avoir un peu de mal à se comprendre. Je voudrai donc, par cet épisode, tenter de vous donner quelques clés pour y arriver. Pour ce faire, il convient d’abord d’explorer un peu plus la perception de nos poilus et de mettre en lumière les conséquences que cela peut avoir sur leur comportement avant de pouvoir vous partager quelques tips pour mieux communiquer avec votre chien.

UN MONDE DE CHIEN

Pour tenter de comprendre son chien, il faut d’abord se rappeler ce qu’est un chien. Car spoiler alert, un chien n’est pas un humain et ne perçoit donc pas le monde de la même manière que nous.

Il est toujours compliqué de comprendre ce que ressent un être différent de nous. Alors tenter de comprendre ce qu’il en est pour un individu d’une autre espèce demande un effort encore plus considérable.

Pour autant, cet effort est nécessaire lorsque l’on vit avec un animal. Car rien ne justifie qu’ils doivent faire fit de leur nature pour s’adapter à 100% dans le monde humain qu’on leur impose. Ils doivent s’y adapter certes, mais quand on se penche sur la question, on s’aperçoit rapidement que cette histoire est pleine de non-sens et de demandes complètement absurdes pour eux. Et c’est à ce point-là que les comportements gênants peuvent apparaitre.

Deux espèces différentes, c’est deux réalités qui doivent cohabiter. Oui, cohabiter. C’est tout le travail des éducateurs et comportementalistes canins bienveillants de vous accompagner sur ce chemin-là, mais encore faut-il faire ce léger pas de côté pour comprendre un peu mieux ce qu’est véritablement un chien.

Une espèce différente implique donc un fonctionnement général différent : des capacités cognitives, réceptives, physiques différentes. Un cerveau, une communication, des sens différents. Toute leur expérience de la vie dépend de leurs origines, de leurs instincts, de leur histoire. Bien que chien et humain ai toujours (ou presque) vécus côte à côte, ils sont bel et bien les représentants de deux espèces différentes.

Rien qu’au niveau des sens les différences sont énormes. Nos 5 sens, c’est ce qui nous permet de vivre l’expérience de la vie en tant qu’humains. Ces 5 sens existent aussi chez le chien, mais ne sont pas dotés des mêmes caractéristiques. Il me semblait important de faire un petit focus là-dessus. Les exemples que je vais aborder sont principalement issus du livre Planète Chien de Joëlle Cave-Rivière, qui date un peu mais que je vous recommande fortement. A titre d’exemple sur ces 5 sens :

  • L’odorat : le chien possède 40 fois plus de récepteurs olfactifs que les humains. Il est également doté de l’organe de Jacobson (atrophié chez l’humain) qui permet d’analyser les odeurs transmises lorsqu’il renifle. Il est donc capable de ressentir plus d’odeurs, plus fortement, et bien plus finement que nous. Il est également capable de percevoir les phéromones, chose que nous ne pouvons pas faire. Le monde des odeurs est à lui seul déjà tout autre.
  • En revanche, si l’odorat est fortement développé, le gout du chien est assez rudimentaire. Il est doté de 5 fois moins de papilles gustatives que l’humain, bien qu’il y soit tout de même sensible.
  • La vision du chien est plus étendue que celle de l’humain (le chien a une vision à 240° contre 180° chez l’humain). Également, il a une meilleure perception du mouvement que nous. En revanche, sa vision de loin est moins bonne (un objet devient net à 75 m pour nous, à 20 m pour eux). Idem pour la vision de près (un objet devient flou à moins de 30 cm pour le chien).
  • L’ouïe est également développée différemment. Le chien entend moins bien les graves, mais bien mieux les aigus que nous (2 à 3 fois mieux). Également le seuil douloureux est plus vite atteint chez le chien que chez l’humain. Quand le bruit de l’aspirateur est supportable pour nous, il l’est bien moins pour eux, idem pour les pétards, les bruits de la ville et autres joyeusetés humaines.
  • Le toucher est quant à lui un sens un peu moins développé chez le chien, bien que d’une immense importance à la naissance (le seul lien avec la mère). Le chien est doté d’une très grande sensibilité. Le contact physique, comme la caresse, peut être agréable, mais ce n’est pas aussi évident qu’il n’y parait.

Ça c’est pour le chien de manière générale. Je vous ai décrit ici quelques grands traits généraux sur comment les chiens perçoivent le monde au travers de leurs sens. Néanmoins, si cela peut déjà pas mal nous éclairer en termes de compréhension canine, cela ne suffit pas à comprendre SON chien.

UN MONDE PROPRE

De la même manière que tous les humains ne sont pas identiques, les chiens ne le sont pas non plus. Rien qu’entre individus humains, la perception du monde est propre à chacun et les exemples ne manquent pas. Chacun voit la vie au travers de son expérience vécue, de sa sensibilité, de sa maturité, de son état de santé, de son activité hormonale, de la satisfaction de ses besoins par exemple. Il en va de même pour les animaux.

Ainsi, chaque individu, quelque soit son espèce, va vivre sa vie au travers d’un monde qui lui est propre. Il s’agira alors de ses perceptions sensorielles, de sa notion du temps et de l’espace, de ses expériences vécues, de son éducation et de ses valeurs.

Pour mieux comprendre SON chien, il faut en réalité s’intéresser et tenir compte de son monde propre. Je vous invite à vous pencher sur ce sujet car, à mon sens, il est important de connaitre la perception des chiens certes, mais plus encore de connaitre SON chien. L’idée, c’est d’éviter autant que faire se peut de faire des raccourcis un peu faciles entre deux chiens parce qu’ils ont des points communs : ils sont de la même race, ont une histoire similaire ou ont vécus avec vous. Au même titre que nous sommes tous uniques, ils le sont aussi.

C’est aussi pour cette raison qu’il n’existe pas de recette pour éduquer son chien, ni pour communiquer avec lui. C’est pour cette raison qu’il faut, en tant que professionnel, s’adapter à chaque binôme chien-humain, être à l’écoute de leurs besoins, de leurs problématiques, de leurs mondes respectifs.

En terme scientifique, on parle de l’Umwelt, le monde propre à chaque individu, composé de toutes les perceptions sensorielles. C’est l’idée selon laquelle, tout ce que l’individu perçoit et réceptionne de l’extérieur influence son état intérieur et vice versa, et c’est ce tout qui va influencer l’action, le comportement de l’individu. La perception d’une situation entraine des émotions qui vont influencer la réaction en réponse à la situation. C’est ce qu’on appelle la réponse émotionnelle.

L’Umvelt et la notion de monde propre ouvrent de nouvelles perspectives en termes de compréhension de l’autre. Il ne s’agit pas simplement d’analyser un comportement vis-à-vis d’une situation, mais également de tenir compte de tous ses facteurs qui influencent perpétuellement son expérience de la vie.

Ainsi, il est donc fondamental de se rappeler que votre chien ne perçoit pas le monde de la même manière que vous le percevez, et que, quoi qu’il arrive, deux chiens ne perçoivent pas non plus le monde de manière identique. Ok, mais me direz-vous, qu’est-ce que ça change ? Et bien beaucoup de choses en réalité.

LE RETOUR A L’EQUILIBRE

Une fois qu’on a constaté que chacun voit le monde à sa manière, il reste à se pencher sur l’impact que cela a sur notre quotidien avec notre chien. Car oui, il y en a un.

Le fait que chaque individu perçoive le monde à sa manière va avoir une incidence sur le collectif. Tout l’enjeux réside dans le fait de trouver un équilibre entre ce qui est ressenti intérieurement, de manière personnelle, et la vie collective dans l’environnement extérieur. Tout est une question d’adaptation de l’individu à son milieu.

De la même manière qu’on perçoit le monde différemment, chaque modification de l’environnement va créer des perturbations dans l’équilibre interne de l’individu. On parle ici de perturbations plus ou moins impactantes qui vont se matérialiser de différentes manières. Ces perturbations ont lieu continuellement, c’est le principe du vivant, et vont donner lieu à des ajustements automatiques afin de maintenir les conditions internes les plus constantes possible. C’est ce qu’on appelle l’homéostasie. C’est un peu comme s’il y avait un tour de contrôle dans le cerveau de Dudus avec un immense tableau de bord rempli de plein de jauges vertes gérées par Gustave. Dès que Dudus vit quelque chose, le tableau de bord s’emballe, les constantes se déséquilibrent et certaines juges passent à l’orange, voir au rouge. Gustave va alors être chargé d’envoyer tout un tas d’informations à Dudus pour rétablir l’équilibre, refaire passer les jauges concernées au vert, et ce en permanence.

Selon le dictionnaire Larousse, l’homéostasie peut se définir comme le « processus de régulation par lequel l’organisme maintient les différentes constantes du milieu intérieur (ensemble des liquides de l’organisme) entre les limites des valeurs normales ». A titre d’exemple, la transpiration fait partit d’un processus d’homéostasie en ce qu’il permet au corps humain de s’adapter à la température extérieure qui augmente. Il s’agit ici d’un processus naturel qui permet au corps de s’adapter à son environnement et rétablir son équilibre intérieur (ici, éviter de souffrir de la chaleur).

Ce système interne est impacté par tout un tas de facteurs liés au monde propre et à la sensibilité de l’individu. Les perturbations engendrées par les modifications de l’environnement vont entrainer un déséquilibre d’ordre physique et/ou émotionnel. Ainsi, le but de chaque individu, d’un point de vue purement individuel, c’est de maintenir son équilibre intérieur.

Il n’y a rien de figé dans cet équilibre interne. Chaque situation que l’individu va vivre va créer un déséquilibre. Par déséquilibre, je n’entends pas nécessairement une situation qu’on pourrait décrire comme négative. Il peut bien sûr s’agir de stress, de peur, d’un changement de température auquel le corps doit s’adapter, mais il peut s’agir aussi par exemple d’une montée d’excitation, de joie, dans un super moment de jeu.

Je vais vous donner un exemple : Quand vous rentrez chez vous et que votre chien est resté seul à la maison, il se peut qu’il soit vraiment content de vous revoir. Vous allez donc le voir content à sa manière, il va peut-être sauter, aboyer, couiner, remuer la queue, mettre ses oreilles en position bizarre ou encore trépigner. Ici on est sur de l’excitation de joie, et c’est plutôt une émotion positive.  Selon le degré d’excitation qui sera ressenti, va peut-être pouvoir s’en suivre un deuxième comportement moins parlant pour nous humain comme par exemple prendre un objet en gueule, pincer ou faire pipi. Ici, ce deuxième comportement va en fait apparaitre comme la conséquence de l’émotion suscitée et donc la tentative de retour à l’équilibre. Le chien va chercher, qu’il y arrive seul ou pas, à faire quelque chose qui l’apaise pour tenter de retrouver son équilibre interne. En l’occurrence, uriner et mastiquer sont deux choses très apaisantes pour les chiens.

Il s’agit ici d’un exemple que j’ai volontairement laissé assez large pour que vous puissiez voir qu’il n’y a pas de situation type, de réaction type.

Toute situation va entrainer une émotion et va créer un déséquilibre qu’il faudra rétablir. C’est le principe de la gestion des émotions. Le comportement d’un individu, quelques soit son degré d’exposition, n’interviendra in fine que pour concourir à ce rétablissement de l’équilibre interne et n’est donc que le résultat de tout ce processus, invisible à l’œil nu si je puis dire.

Dès lors qu’entre en jeu le comportement, la réaction du chien, nous avons enfin de la matière pour comprendre qui il en est et ce dont il a besoin dans ce cas de figure précis. Vous comprenez pourquoi il faut éviter les raccourcis en matière d’analyse canine ?

Je m’excuse par avance si mon effort de vulgarisation échoue et j’espère que vous aurez saisit l’essence de mon propos. Mais passons maintenant au nerf de la guerre, la communication du chien.

COMPRENDRE L’ACTION

Vous l’aurez donc compris, un chien ne fait jamais les choses sans raison, mais toujours pour, en finalité, répondre à un besoin d’équilibre intérieur. Donc dire qu’un chien fait un truc débile n’a pas de sens. Il agit selon sa réalité pour répondre à son besoin. Le reste n’est qu’une question de retranscription en langage humain. Et c’est là qu’on est souvent livré à nous même.

Car aucun humain ne peut communiquer comme un chien et aucun chien ne peut communiquer comme un humain. C’est physiologiquement et biologiquement pas possible. Encore une fois, il s’agit de deux espèces différentes, de deux échelles de valeur différentes et de deux moyens d’expression et de communication différents.

Souvent, le moyen utilisé pour communiquer ce dont il a besoin est mal perçu par le receveur humain de l’information car en dehors de notre spectre de communication et codes humains. C’est pour cette raison qu’il ne sert à rien de vouloir corriger le comportement un chien en le punissant, mais qu’il vaut mieux, au contraire, chercher à se renseigner sur le sens et ce qu’il veut nous dire.

Tout est une question d’adaptation mutuelle. Et en la matière, nos chiens sont devenus des experts. Ils font énormément d’efforts pour s’adapter à nous et nous comprendre avec les compétences qu’ils ont. Malgré nos contradictions, nos indications floues, notre incompréhension, nos biais humains dont nous avons du mal à nous défaire. Alors comme le disait Mickael de Amikanin dans notre épisode 11, à nous de faire l’effort d’enlever nos lunettes d’humains pour s’adapter à eux.

Pour ce faire, je vous conseille bien évidemment de vous renseigner autant que faire se peut, sur les signaux de communication (ou d’apaisement) du chien. Un détournement de la tête, un léchage de babine, un bâillement, ne sont pas des signes anodins. A l’inverse, si un chien remue la queue, ça ne signifie pas forcément qu’il est content. Sur ce thème, je vous conseille le mythique livre de Turid Ruggas, les signaux d’apaisement. Elle retranscrit dans ce petit livre tout un tas de signaux que les chiens utilisent pour communiquer, entre eux et avec nous. Il y aura des tas de choses à dire sur ce sujet, alors n’hésitez pas à me dire si un épisode complet sur le sujet vous intéresserait.

Également, il est important d’avoir conscience à quel point la communication canine et la communication humaine sont diamétralement opposées. Quand nous raisonnons en bien et en mal, eux résonnent surtout en terme d’opportunité de gagner quelque chose. Quand nous utilisons une communication très sonore, vocale, eux utilisent beaucoup plus une communication visuelle, gestuelle. Quand nous avons pour habitude de rester très statique et en milieu fermé pour communiquer, eux ont complètement besoin de mouvement et de milieu ouvert.

Cet exercice de compréhension du chien est primordial à plusieurs titres :

  • Éviter de tomber dans le piège de l’anthropomorphisme en attribuant des réactions humaines à un individu d’une autre espèce
  • Éviter également d’interpréter leurs réactions au travers de théories et croyances erronées et complètement datées. Je pense principalement ici aux théories de la dominance qui ont largement influencées l’éducation canine et dont on sait depuis plus de 40 ans qu’elles sont fondées sur des études mal réalisées, non objectives et complètement erronés. On en parlera plus longuement dans les deux prochaines interviews.

En conclusion, je ne peux que vous inviter à :

  • Être conscient de cette différence de perception, c’est déjà un premier bon départ, et pas des moindre.
  • Admettre que chaque individu est différent, que chacun perçoit le monde différent et que chaque réponse proposée est le fruit d’un processus interne, personnel et assez complexe dans le but de retrouver l’équilibre qui lui est propre.
  • Observer son chien, connaitre ses réactions habituelles, sa sensibilité (de ce qu’on peut en percevoir tout du moins) est primordial pour pouvoir établir une relation harmonieuse avec lui, basée sur la compréhension de l’autre et l’accompagnement.

Et puis bien sûr, enlever ses lunettes d’humain quand on observe et interagit avec nos chiens, se renseigner sur ses signaux de communication, et faire l’effort de comprendre ce qu’ils veulent bien nous transmettre.

SOMMAIRE

  • 00:10 : Présentation de l’épisode
  • 01:17 : Introduction
  • 01:50 : Un monde de chien
  • 05:25 : Un monde propre
  • 07:38 : Le retour à l’équilibre
  • 11:48 : Comprendre l’action
  • 15:30 : Soutenir le podcast

ON EN PARLE DANS CET EPISODE

CREDIT

Musique : Dolling – Cybersdf

Bonne écoute !

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